L’école de la honte
Publié le 13 mai 2026
Dans une société hantée par la peur du déclassement, l’école trie les élèves, et hiérarchise les compétences. Le problème est structurel et s’est amplifié ces dernières décennies sous l’effet des réformes successives. Avec l’extension du contrôle continue, le système a basculé vers « un régime de terreur. » Terreur de la mauvaise note, du jugement scolaire et parental. Dès la maternelle, l’évaluation est permanente. Tout écart est générateur d’inquiétude pour les familles.
Lorsque l’évaluation devient ainsi l’horizon de l’éducation plutôt que son instrument, le risque n’est pas seulement psychologique : il est intellectuel et politique. Le culte du succès immédiat encourage en effet le conformisme et nuit à la compréhension profonde du réel. La hantise de bien répondre entrave la libre curiosité. La lucidité, individuelle comme collective, est un cheminement lent, fait de tâtonnement, d’erreurs, de reprises et de maturation.
Ce diagnostic se voit désormais formulé en terme même de santé publique : stress, épuisement, burn-out. Il exprime la même vérité humaine. En matière d’éducation, le temps est la plus précieuse des marchandises. Les esprits se forment certes par le travail et la contrainte, mais aussi dans ces moments de liberté dont aucune note ne rend compte : Jouer, rêver, s’ennuyer.
À faire de la scolarité une course d’obstacles, le système fabrique de la honte et les mamans pleurent à la sortie des classes parce que leur enfant joue.
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