La réussite des uns ne saurait « se payer » de l’échec des autres

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 Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a affirmé le 19 mai en conférence de presse que « toute copie qui n’a pas un niveau suffisant en termes d’orthographe, de syntaxe et de grammaire ne peut pas avoir la moyenne au baccalauréat », assurant que « la maîtrise globale d’un niveau de langue correct et conforme aux attendus du diplôme » est « une exigence minimale En avril, il prévenait déjà qu’il fallait s’attendre à une « chute assez drastique » du taux de réussite au diplôme national du brevet (DNB)) cette année, du fait des nouvelles modalités d’évaluation : poids moins important du contrôle continu, fin de la prise en compte du livret de compétences. Le taux de réussite au brevet pourrait ainsi passer à 75 % dès la session 2026, a précisé le ministre, contre 85,6 % en 2025.

L’enjeu serait selon lui de ne pas tromper les élèves sur leur niveau et donc de « rétablir la vérité des prix » pour reprendre la délicieuse expression employée en son temps par un de ses prédécesseurs, Gabriel Attal…

Car, c’est bien connu, aujourd’hui, « le bac est donné à tout le monde » et donc, « il ne vaut plus rien ». Pour le « revaloriser », il faudrait que tout le monde ne l’ait pas. Au passage, merci pour les candidats et candidates qui échouent et prouvent que cela représente encore un enjeu.

Quand donc en finira-t-on avec cette logique absurde selon laquelle la valeur d’un examen se mesurerait en proportion du nombre de candidats qui y échouent ? Sans doute quand on cessera de confondre examen et concours servant à sélectionner. La logique serait pourtant de viser la réussite du plus grand nombre !!

Mais une fois encore, la communication ministérielle fait reposer la « faute » sur les épaules des élèves-candidats, qui n’auraient « pas le niveau » et à qui il faudrait le signifier de manière limpide Sans s’interroger sur ce qu’il conviendrait de mettre en œuvre en amont pour que plus d’élèves aient, par exemple, une bonne orthographe. Qu’est-ce d’ailleurs qu’une orthographe correcte, se demande la rédactrice en chef d’une revue,

La passion française pour les concours se traduit par l’annonce, le même jour que celui de la baisse « drastique » du taux de réussite au brevet, de la création d’un « concours général des collèges » pour les élèves de 3e, dans cinq disciplines : français, mathématiques, histoire-géographie, arts et numérique-codage. Absolument urgent et indispensable, n’est-ce pas ?

Au fond, ces annonces semblent plutôt relever de la diversion. Elles sont destinées à cacher sous le tapis l’inaction ou l’impuissance du ministre et du système éducatif devant les inégalités de réussite scolaire qui aggravent les inégalités sociales ; l’échec scolaire et le décrochage (tiens, voilà un phénomène dont on ne parle plus depuis au moins dix ans…) ; les défis de l’orientation, et enfin la dégradation de la santé mentale des jeunes, dont tout porte à croire qu’elle n’est pas sans lien avec la pression scolaire.

A défaut de traiter les véritables problèmes, la rue de Grenelle s’attaque à des symboles. Avec l’« exigence » comme totem d’immunité, plutôt que la réussite de tous les élèves.

Car que représente le bac ? Est-il plus qu’un symbole aujourd’hui ? Quand l’année de terminale est principalement rythmée et conçue en fonction du calendrier et des enjeux de Parcoursup. C’est son passage par Parcoursup qu’il faut désormais « réussir », bien plus que son bac.

Et le brevet, à quoi sert-il ? C’est le premier diplôme, certes, mais il ne dispense pas de la poursuite d’études, tant il a peu de valeur sur le marché de l’emploi, à part pour passer les concours de catégorie C de la fonction publique (qui ne font pas souvent rêver les adolescents, il faut le reconnaître).

Son inutilité fait qu’il est parfois défendu simplement comme une préparation, ou une initiation, du baccalauréat lui-même. Une sorte de rite de passage. Mais avec les annonces récentes du ministre, prenons garde à ce qu’il ne devienne pas plutôt un bizutage.

2026-07-22 00:00:00

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