Les colonies de vacances
Publié le 2 septembre 2026
Les « jolies » colonies de vacances
Nous devons l’apparition des colonies en France à l’intervention du journaliste et critique littéraire Edmond Collinet, peu connu malgré son implication dans l’éducation. Il a ainsi plaidé pour l’obtention d’un financement auprès du conseil d’administration de la Caisse des écoles du 9e arrondissement pour mettre en place une colonie comme il avait pu observer lors d’un voyage en Suisse. Après sa première tentative au cours de l’été 1883 avec un groupe de dix-huit écoliers, il a convaincu à de multiples reprises le Conseil municipal de Paris de continuer à développer ces vacances à la campagne, véritable prolongement de l’enseignement scolaire.
L’idée des colonies de vacances ne s’est cependant pas arrêtée aux frontières nationales, puisqu’elle a conquis des pays plus lointains tels que le Japon et les États-Unis ou encore des pays d’Amérique du Sud. Qu’il s’agisse des colonies de vacances ou de projets homologues, la démarche partageait un objectif commun. L’enjeu sanitaire était primordial à la fin du XIXe siècle. En effet, le développement des activités industrielles se déroulait au détriment des conditions de vie de la classe ouvrière. Les enfants grandissaient dans un environnement insalubre et difficile, de nombreuses maladies se répandaient. La malnutrition participait grandement au phénomène, qui touchait d’ailleurs beaucoup moins les plus favorisés et les plus riches qui pouvaient déjà envoyer leurs enfants loin de la ville.
Les colonies ont joué un rôle primordial en permettant aux plus défavorisés de se rendre à la campagne, à la montagne ou à la plage. Pendant ces quelques semaines de vie en communauté, les accompagnateurs s’assuraient d’inculquer un rythme de vie sain avec des repas nourrissants, des nuits complètes, de l’exercice et des activités de sociabilisation qui mettaient en avant l’entraide et le savoir-vivre ensemble.
La vision des colonies de vacances d’Edmond Cottinet reposait énormément sur le développement des rapports sociaux et de l’autonomie dès l’enfance.
L’éducation a été pendant longtemps étroitement liée à l’Église, un lien que nous retrouvons par association dans les colonies, mais elles deviendront vite un moyen de diffusion d’idéologies, d’idées politisées et d’opinions, notamment lors de la première et seconde Guerre mondiale.
Grâce au travail de Cottinet avant le début du XXe siècle, la mise en place des colonies de vacances pendant et après la guerre a fortement participé à la lutte contre la malnutrition pour les enfants. En ces périodes difficiles, les repas fournis pendant les séjours se sont montrés bénéfiques même lorsqu’ils n’étaient disponibles que deux ou trois semaines par an. Avec l’essor des colonies, l’État français a décidé en 1938 de réglementer leur organisation en imposant des mesures pour l’encadrement et le programme éducatif proposé aux enfants. La colonie de vacances est alors une extension du système éducatif français.
En plus des paroisses, des patronages, des associations et des entreprises, les écoles et les municipalités ont pu envoyer un grand nombre d’enfants en colonie grâce aux aides de l’État. Cette période après la fin de la Seconde Guerre mondiale est perçue comme l’âge d’or des colonies en France, avec les enfants d’ouvriers nés du baby-boom qui découvrent la vie en communauté et se responsabilisent.
Le changement de mode de vie dès les années 1980, avec l’arrivée de la consommation de masse, l’augmentation du coût de la vie, la progression de la pensée individualiste et plusieurs autres facteurs, a entraîné une chute du nombre de colonies de vacances et surtout de participants. Les séjours étaient plus courts et moins nombreux avec des chiffres réduits de moitié dans les années 1990.
Des colonies d’un nouveau genre ont alors vu le jour, avec des modèles de fonctionnement différents et des thèmes spécifiques. Cette transformation de l’offre a réduit le nombre de colonies pour les classes populaires pour offrir un plus grand choix aux familles plus aisées, sans pour autant perdre de vue les valeurs chères à l’institution.
La grande histoire des colonies de vacances se poursuit, ainsi il existe aujourd’hui un large partie des colonies de vacances qui s’inscrivent dans l’air du temps. Les simples séjours en campagne côtoient les séjours linguistiques, les découvertes du monde du cirque, les initiations au surf ou à l’équitation pour le plus grand plaisir des enfants.
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